mercredi 31 août 2016

Article de Muriel Salmona 2016 : La grossesse à l’épreuve des violences conjugales : une urgence humaine et de santé publique



La grossesse à l’épreuve 
des violences conjugales : 
une urgence humaine et de santé publique

Dre Muriel Salmona, 2016
Psychiatre - psychothérapeute
Présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie





Dr Muriel Salmona, in Coutanceau R, Salmona M. J (eds.) in Violences conjugales et famille, Paris, Dunod, 2016


INTRODUCTION

L’accès à une contraception efficace, la possibilité de faire une interruption volontaire de grossesse, les progrès considérables de la médecine obstétricale et péri-natale, font qu’en 2016 la grossesse est perçue comme un choix et comme une période de bonheur et d’épanouissement pour une femme. Et si les intenses bouleversements physiologiques, affectifs et corporels de la grossesse, ainsi que la lourde responsabilité envers une vie en développement, rendent les femmes enceintes plus vulnérables, elles sont censées pouvoir compter sur un suivi médical régulier et de qualité, sur des droits spécifiques et sur la protection, l’affection et l’attention de leur entourage, tout particulièrement de leur conjoint. Une femme enceinte est donc considérée par notre société comme une personne précieuse dont la sécurité est assurée. 

C’est vrai pour la majorité des femmes, mais pas pour celles - et elles sont loin d’être rares - qui sont victimes de violences conjugales. Subir des violences pendant sa grossesse est une grave atteinte à leurs droits, à leur sécurité et à leur intégrité psychique et physique et à celle de l’enfant à venir. Les violences peuvent entraîner de lourdes conséquences sur le déroulement de leur grossesse, de leur accouchement, et sur leur santé et celle de leur enfant.

Ces femmes victimes devraient bénéficier de protection et de soins spécifiques. Assurer leur sécurité est un impératif, mais c’est très loin d’être systématiquement le cas. La grande majorité des femmes enceintes victimes de violences de violences conjugales, ne sont pas identifiées, et les conséquences traumatiques physiques et psychiques sur leur santé et celle de leur enfant ne sont pas reconnues comme telles (Salmona M, 2008).

Que se passe-t-il pour que ces femmes soient abandonnées sans protection ni soins avec les conséquences graves que cela entraîne ?

Et que se passe-t-il chez ces hommes pour que des impératifs moraux aussi forts et aussi unanimement reconnus, ceux de la protection des femmes enceintes et de la mère et son nouveau-né, puissent être ainsi transgressés ? Et quelles en sont les conséquences pour la mère et l’enfant à naître ?

UNE ABSENCE DE PROTECTION : UNE RÉALITÉ IMPENSABLE ?

Le déni et la loi du silence règnent sur les violences conjugales pendant la grossesse, tout comme c’est le cas pour toutes les violences intra-familiales, conjugales et sexuelles que subissent beaucoup de femmes. Pour bien trop de personnes encore, qu’elles soient ou non des professionnelles, il y a un véritable refus à penser et à intégrer que de telles violences aient lieu dans des espaces comme le couple et la famille. Ces personnes veulent continuer à penser ces lieux comme des espaces protecteurs et fiables où règnent l’amour, a fortiori lors d’une grossesse que tout le monde s’accorde à considérer comme sanctuarisée.

De plus, comme nous allons le voir, un des principaux symptômes psychotraumatiques que présentent les femmes victimes est une dissociation traumatique qui les déconnecte et les anesthésie émotionnellement. Or, face à une personne dissociée, un interlocuteur ne peut pas ressentir d’émotion (les neurones miroirs qui normalement l’informent sur l’état émotionnel de la personne qui lui fait face, ne renvoient rien puisqu’elle est déconnectée de ses émotions), cela explique, pour une bonne part, pourquoi l’entourage des femmes enceintes victimes de violences conjugales, et les professionnels les prenant en charge, peuvent avoir du mal à se mobiliser pour la victime, à identifier la réalité du danger qu’elle court, et à avoir peur pour elle. Et si elle parle des violences qu’elle subit, ils pourront avoir du mal à la croire, puisqu’elle semble détachée, indifférente, ou tout au moins bien supporter ce qu’elle vit (Salmona, 2013a).

Rares sont les femmes qui pourront dénoncer les violences, demander du secours et porter plainte : 
  • en raison des menaces et des manipulations qu’elles subissent, 
  • de la honte et de la culpabilité qui les colonisent, 
  • de la peur de ne pas être crues, 
  • et des symptômes psychotraumatiques qui rendent toute évocation des violences très douloureuses et angoissantes (mémoire traumatique) ou confuse et irréelle (dissociation traumatique) ; 
Et encore plus rares sont celles qui seront dépistées et protégées par des professionnels, alors que la vulnérabilité de ces victimes les oblige à les mettre hors de danger, et permet de lever le secret professionnel pour faire un signalement auprès du procureur de la République. 

La méconnaissance de la réalité de ces violences et de leurs conséquences, l’absence de formation des professionnels prenant en charge les femmes enceintes, le déni, la loi du silence, font que la grande majorité d’entre elles seront abandonnées et devront se protéger et survivre comme elles peuvent aux violences et à leurs conséquences sur leur vie, leur grossesse et leur santé et celle de leur enfant. 

Le couple et la famille restent encore actuellement une zone de non-droit où, sous couvert "d’amour", un droit naturel à posséder l’autre et à exercer les pires violences est toléré. Il deviennent alors un espace patriarcal totalitaire où s’exercent des privilèges en contradiction totale avec l’inaliénabilité de la personne humaine et de ses droits fondamentaux.

L’information et la sensibilisation du grand public ainsi que la formation des professionnels sont encore trop insuffisantes. La mission inter-ministérielle de protection des femmes victimes de violence (MIPROF) a mis en place depuis 2013 des outils et des formations pour que les professionnels soient sensibilisés et sachent dépister ces situation de violence en faisant systématiquement un dépistage auprès des femmes enceintes, en repérer les conséquences et les orienter. Identifier ces femmes, leur permettre de parler est impératif pour qu’elles puissent ainsi que leur enfant bénéficier de soins et de protection (Livret d’accompagnement du court-métrage Elisa, MIPROF, 2014). 

UNE GROSSESSE À L’ÉPREUVE DES VIOLENCES

Les femmes seraient près de 10% (les chiffres varient entre 6 et 20% selon les études internationales) à subir des violences conjugales pendant la grossesse.

Il ne faut pas oublier que des femmes sont enceintes alors qu’elles ont été mariées de force par leur famille, qu’elles subissent des violences par leur partenaire, qu’elles ne voulaient pas de cette grossesse et que leur famille ou leur partenaire leur a imposé de la garder, qu’elles ont été violées…


 Les chiffres parlent d’eux-mêmes : tous les ans, en France, plus de 220 000 femmes subissent des violences conjugales et celles qui sont le plus exposées sont justement dans la tranche d’âge où elles sont fertiles, par ailleurs 84 000 femmes subissent des viols, et pour 50% d’entre elles il s’agit de viols conjugaux. 

De nombreuses études montrent que si la grossesse peut chez certaines femmes subissant des violences conjugales être une période d’accalmie, elle peut être au contraire :
  • un facteur déclenchant pour 40 % des femmes enceintes qui ont été maltraitées par leur partenaire (enquête canadienne de 1993),
  • un facteur aggravant, si les violences conjugales préexistaient à la grossesse, avec une violence qui s’aggrave pour près des 2/3 des femmes et avec quatre fois plus de femmes signalant de très mauvais traitements (coups, étranglement, menaces avec armes, agressions sexuelles) par rapport aux violences conjugales en général, 
  • une conséquences de ces violences après un viol ou après une situation de contrainte avec empêchement de prendre des contraceptifs et de faire une IVG, avec les conditions catastrophiques que l’on peut imaginer pour la mère et l’enfant.. 

Les violences commises par le conjoint sont très souvent multiples et répétées, elles peuvent être verbales, psychologiques, physiques, sexuelles, économiques et matérielles. Ce sont des délits et des crimes (viols, tentatives de meurtre) avec des circonstances aggravantes (exercées par un conjoint et sur une personne en situation de vulnérabilité).


 Ces violences, en entraînant de lourdes conséquences psychotraumatiques, aggravent la situation de vulnérabilité de ces femmes enceintes et les plongent souvent dans une situation de précarité. Elles favorisent une emprise totale de leur conjoint qui va les piéger tout au long de leur grossesse, et en post-partum. Leur santé physique et psychique et celle de leur enfant seront très impactées, ainsi que le lien mère-enfant, d’autant plus que dans la presque totalité des cas (90 %), les violences continueront après la naissance, les autres enfants de la famille, s’il y en a, qui seront témoins de ces violences, en seront également traumatisés (Silverman, 2006). 

DES CONSÉQUENCES GRAVES SUR LA SANTÉ DE LA MÈRE ET DE L’ENFANT 

En plus des coups et blessures provoquées par les violences  (plaies, contusions, fractures, brûlures, décollement de la rétine, atteintes ORL, traumatismes crâniens, etc.) qui entraînent des séquelles et peuvent aller jusqu’à la mort. Silverman et ses collègues ont estimé que les femmes ayant subi des violences avant et/ou pendant la grossesse, ont des risques significativement plus élevés pour un grand nombre de pathologies obstétricales. Ils retrouvent ainsi des risques augmentés jusqu’à plus de 90% pour les métrorragies, plus de 60% pour les ruptures prématurées des membranes, les infections urinaires et les vomissements incoercibles, plus de 48% pour le diabète et plus de 40% pour l'hypertension artérielle. Les nouveau-nés de ces femmes ont un risque de prématurité significativement augmenté jusqu’à 37% et d'hypotrophie jusqu’à 21% (Silverman, 2006). 

Une enquête conduite en Seine-Saint-Denis, en étudiant rétrospectivement les grossesses chez des femmes victimes de violences conjugales, indique un taux d’accouchements prématurés de 23 % (contre 7 % sur le département étudié) et 7 % d’accouchements à domicile contre 2 ‰. Toutes les femmes participant à l’enquête se souviennent avoir subi des coups pendant leur grossesse, 82 % d’entre elles des violences sexuelles et 28 % des coups sur le ventre (Joudrier, 2012)

Les violences faites aux femmes enceintes sont particulièrement traumatisantes sur le plan psychologique et neurologique, et elles sont à l’origine de chocs psychologiques et de troubles psychotraumatiques graves et fréquents : jusqu’à 60 % des victimes de violences conjugales et des enfants qui en sont témoins ou victimes directes, voire jusqu’à 80 % en cas de violences sexuelles, risquent de développer un état de stress post-traumatique, contre seulement 24% chez l'ensemble des victimes de traumatismes (Astin, 1995 et Breslau, 1991). 

Les troubles psychotraumatiques sont des conséquences normales et universelles (Mac Farlane,  2010) des violences qui s’expliquent par la mise en place de mécanismes neuro-biologiques et psychiques de survie à l’origine d’une mémoire traumatique. les atteintes sont non seulement psychologiques, mais également neurologiques avec des dysfonctionnements importants des circuits émotionnels et de la mémoire, visibles sur des IRM (Rauch, 2006, Nemeroff, 2009,  Louville et Salmona, 2013). Ils ne sont pas liés à la victime mais avant tout à la gravité de l’agression, au caractère insensé des violences, à l’impossibilité d’y échapper, ainsi qu’à la mise en scène terrorisante et à l’intentionnalité destructrice de l’agresseur. La vulnérabilité de la victime (liée à la grossesse, à un handicap ou une maladie surajoutés, au très jeune âge de la victime, et au fait d’avoir déjà subi des violences) est un facteur aggravant de ces psychotraumatismes. 

Sans une prise en charge adaptée, ces troubles psychotraumatiques peuvent durer des années, des dizaines d'années, voire toute une vie. Ils sont à l’origine, pour les victimes traumatisées, d’une très grande souffrance mentale et d’un possible risque vital (suicide, conduites à risque). Ils ont un impact considérable sur leur santé, démontré par les études internationales, que ce soit sur leur santé mentale (troubles anxieux, dépressions, troubles du sommeil, troubles cognitifs, troubles alimentaires, addictions, etc.), leur santé physique (troubles liés au stress et aux stratégies de survie), la santé de leurs enfants et leur qualité de vie (Blake, 2011).  Et nous savons aussi qu’avoir subi des violences est un des principaux déterminants voire le déterminant principal (quand les violences ont été subies dans l’enfance) de l’état de santé des personnes même 50 ans après (Garcia-Moreno, 2006 et Felitti et Anda, 2010), c’est également le principal facteur de risque de subir à nouveau des violences, ou d’en commettre.

Femmes victimes et hommes violents ont très fréquemment subi des violences dans leur enfance ou ont été témoins de violences conjugales. Les troubles psychotraumatiques qu’ils vont développer, vont être à l’origine d’une mémoire traumatique, de troubles dissociatifs et de stratégies de survie. Si on n’est pas responsable des violences qu’on a subi, ni de leurs conséquences traumatiques, en revanche on a le choix des ses stratégies de survie (conduite d’évitement et conduites dissociantes anesthésiantes). La violence exercée sur autrui en est une, elle fait partie de ce qu’on appelle une conduite dissociante qui permet de s’anesthésier, comme une drogue. Une société inégalitaire où les hommes peuvent facilement choisir de mettre en scène une prétendue supériorité au dépens des femmes, facilite le choix de s’autoriser à être violent, en s’identifiant à l’agresseur de son enfance, pour «traiter» une mémoire traumatique qui, comme nous allons le voir, se réactive lors de la grossesse de sa conjointe.

Le conjoint violent bénéficie souvent de l’apprentissage forcé de sa victime à la soumission, la tolérance et l’hyper-adaptation à des situations extrêmes, depuis l’enfance du fait de son exposition à des milieux familiaux violents : antécédents de maltraitance, d’exposition à des violences conjugales, et de violences sexuelles dont on connaît malheureusement la fréquence (Enquête Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adule, 2015). Avoir subi des violences dans l’enfance est un facteur de risque majeur d’en subir à nouveau tout au long de sa vie (OMS, 2010 et 2014, Felitti 2010). Il bénéficie également du fait que sa victime, quelles que soient les violences subies depuis son plus jeune âge, n’a jamais été ni protégée, ni reconnue, ni soignée, et a dû grandir en survivant seule aux violences et à leurs conséquences psychotraumatiques. Elle a appris à considérer qu’elle n’avait pas de valeur, aucun droit et que personne ne viendrait à son secours. Elle a dû construire sa personnalité avec une mémoire traumatique et des troubles dissociatifs de survie, qui l’auront empêché de se connaître, de se penser comme normale et de se défendre (van der Hart, 2010, Salmona, 2013). Ces traumas accumulés non traités de sa victime, et les conséquences souvent désastreuses des stratégies de survie qu’elle a été dans l’obligation de développer, faciliteront la mise en place d’une emprise et l’exercice des violences.

MÉCANISMES À L’ORIGINE DE LA MÉMOIRE TRAUMATIQUE ET DES CONDUITES DISSOCIANTES

Les violences familiales subies dans l’enfance sont très fréquemment à l’origine de troubles psychotraumatiques  qui vont perdurer à l’âge adulte et être à l’origine d’une mémoire traumatique hypersensible se traduisant par des réminiscences intrusives qui envahissent la conscience : flash-back, cauchemars, illusions sensorielles, douleurs et qui font revivre à l'identique tout ou partie du traumatisme, avec la même détresse, la même terreur et les mêmes réactions physiologiques, somatiques et psychologiques que celles vécues lors des violences. Cette mémoire traumatique est déclenchée par des mots, des sensations, des affects, des situations qui rappellent consciemment ou non les violences ou des éléments de leur contexte et ce jusqu'à des dizaines d'années après le traumatisme. Très difficile à calmer, elle peut, surtout quand elle est parcellaire ou sensorielle, ne pas être identifiée ni reliée au traumatisme, ce qui la rend d'autant plus déstabilisante et déstructurante. Elle s'apparente à une bombe prête à se déclencher à tout moment, transformant la vie en terrain miné, nécessitant une hyper-vigilance et une stratégie d'évitement et de contrôle permanent épuisants et handicapants (évitement de situations, de sensations, de pensées, d'émotions) et/ou  des stratégies d’« auto-traitement » par des conduites dissociantes qui permettent de s'anesthésier (Salmona, 2012).

Les mécanismes neurobiologiques qui la sous-tendent commencent depuis quelques années à être bien connus, j’en ai fait une synthèse qui permet de mieux comprendre tous les symptômes psychotraumatiques. Ces mécanismes s'apparentent à une mise en place d’une sauvegarde exceptionnelle pour échapper à un risque vital cardio-vasculaire et neurologique intrinsèque lié au stress extrême généré par les violences. Ils mettent en jeu le circuit de la réponse émotionnelle au niveau du cerveau : le système limbique. Celui-ci comprend les amygdales, le cortex associatif et l’hippocampe. Lors d'un stimulus dangereux, les amygdales cérébrales produisent, avant que le cortex n'ait analysé et intégré l'événement, une réponse émotionnelle immédiate qui entraîne une sécrétion d'adrénaline et de cortisol pour que l'organisme puisse faire face au danger (en augmentant l’apport d’oxygène et de glucose aux organes). Simultanément, elles envoient des informations au cortex associatif pour analyser le danger et prendre une décision et à l'hippocampe, logiciel qui stocke les souvenirs et les apprentissages tel une banque de données. Et ce n'est que l'action du cortex associatif (analyse, représentations et décision) et de l'hippocampe (recherche de souvenirs et d’apprentissage dans la banque de données) qui permet de moduler ou d’« éteindre » l'amygdale une fois qu'elle est « allumée ».

Lors de violences extrêmes, incompréhensibles, terrorisantes, confrontant à l'impuissance et à la mort imminente, où toutes les certitudes s'effondrent, le cortex associatif et l'hippocampe sont dans l'impossibilité d'effectuer leur tâche pour moduler l'amygdale. La réponse émotionnelle reste maximale avec des taux d'adrénaline et de cortisol toxiques pour l'organisme entraînant un risque de mort imminente par « survoltage » (infarctus de stress, mort neuronale...). Alors se met en place une voie de secours exceptionnelle qui fait « disjoncter » le système limbique, comme dans un circuit électrique, par la sécrétion de neuro-transmetteurs : des endorphines et des drogues kétamine-like. L’amygdale reste allumée mais elle est déconnectée des surrénales et du cortex, la sécrétion d’hormones de stress et réponse émotionnelle corticale s'éteignent, alors même que les violences se poursuivent ; la souffrance physique et la détresse psychique ne sont plus ressenties et cela donne une impression d'étrangeté, de dépersonnalisation, d'irréalité, de désorientation temporo-spatiale, d'être spectateur de l'événement. C'est la dissociation péri-traumatique. Cette dissociation peut durer tant que les violences continuent ou tant que la menace est présente (si la victime est toujours en contact avec l’agresseur). Cette dissociation qui prive la victime de ses émotions, l’empêche de prendre la mesure de la gravité de ce qui lui arrive et de se défendre, elle est un facteur majeur de doute et de mise en situation de soumission et d’emprise.

Du fait de la déconnection amygdales-hippocampe, la mémoire émotionnelle ne peut être intégrée ni traitée, elle reste piégée et hypersensible. C'est la mémoire traumatique. L'organisme est sauvé au prix de symptômes dissociatifs et de manifestations de la mémoire traumatique qui continuent de se déclencher alors que les violences ont cessé jusqu'à des dizaines d'années plus tard. Pour éviter son déclenchement, la victime peut mettre en place des conduites d'évitement pouvant retentir lourdement sur la vie sociale et relationnelle. Mais lorsqu'elles ne suffisent pas et que la mémoire traumatique explose, replongeant la personne dans le vécu des violences, entraînant détresse, terreur, angoisse insupportable, des conduites « d'auto-traitement » dissociantes peuvent la calmer. Il s'agit de redéclencher, comme lors du traumatisme, la disjonction du circuit émotionnel en augmentant le niveau de stress pour atteindre et recréer le « survoltage ». Selon les cas, la victime peut recourir à des conduites agressives envers elle-même, à des violences envers autrui, à des conduites de mise en danger ou directement à la consommation de drogues dissociantes (alcool, cannabis, etc). Cette disjonction provoquée entraîne, comme lors des violences, une anesthésie affective et physique et calme l'angoisse, elle est d’autant plus efficace qu’elle reproduit au plus près les violences subies.

QUE SE PASSE-T-IL CHEZ CES HOMMES VIOLENTS ?  

Les femmes enceintes qui subissent ces violences de la part de leur partenaire décrivent toutes que ce dernier, au moment des violences, devient méconnaissable, comme un monstre, qu’il n’est plus lui-même, que plus rien ne peut ni l’arrêter, ni le raisonner, toutes ont été sidérées, terrorisée par cette violence inouïe, inexplicable qui s’abattait sur elles, souvent sur leur ventre, sur leurs organes génitaux, attaquant de façon précise leur maternité. Car c’est bien la mère et l’enfant à venir qui sont visés par cette rage destructrice. L’homme violent ne supporte pas que sa compagne soit enceinte, que cette grossesse soit non désirée par lui  ou qu’elle soit paradoxalement désirée, cette situation génère chez lui une grande angoisse qu’il va s’autoriser à calmer par une conduite dissociante, il va “disjoncter” et s’anesthésier en étant violent (Salmona M., 2008).

Ces hommes violents de façon compulsive ont tous été soit maltraités dans l’enfance, soit exposés à des violences conjugales et ils ont développés du fait de ces violences une mémoire traumatique et c’est cette mémoire traumatique qui va “exploser” et les envahir  lors de la grossesse de leur compagne parce que cette grossesse qui annonce une famille et qui va transformer leur femme en mère, va leur rappeler, souvent inconsciemment, des situations familiales violentes de leur enfance qu’ils vont revivre à l’identique dans un état de souffrance intolérable et de sensation de danger. Ils vont attribuer de façon injuste cet état à leur compagne enceinte et ils vont se “traiter” en exerçant des violences sur elle et sur l’enfant à venir, ce qui aura pour effet de les calmer en se déconnectant et en s’anesthésiant. La grossesse est alors à risque parce qu’elle  va faire basculer une situation, le couple sans enfant, qui était pour l’homme plus sécurisante car inédite par rapport à son enfance avec une femme à son écoute et disponible pour l’étayer et le protéger, dans une situation de future famille, très à risque de réveiller chez lui des situations de stress, et des souvenirs traumatiques de violences intra-familiales de l’enfance.

Les hommes violents, au lieu de mettre en place des conduites d’évitement ou des conduites dissociantes envers eux-mêmes, vont donc, pour échapper à leur mémoire traumatique qui les envahit et qui leur fait revivre les situations violentes de leur enfance s’en prendre à leurs partenaires qui ont déclenché bien malgré elles leur mémoire traumatique, en  considérant  que leurs compagnes enceintes les agressent et sont responsables de leur état, et sans plus réfléchir, ni se poser de questions sur ce qui leur arrive s’identifier aux comportements violents familiaux qu’ils revivent, ils deviennent leur propre père violent, pouvant reproduire sa voix, ses gestes, ses comportements  (ce qui explique qu’ils deviennent méconnaissables aux yeux de leurs compagnes), s’autorisant à être violent et faisant malheureusement l’expérience que cette violence va les apaiser par la disjonction et l’anesthésie qu’elle entraîne. Et comme cette disjonction se fait par l’intermédiaire de “drogues dures”, morphine-like et kétamine-like, rapidement des effets de dépendance et de tolérance vont se mettre en place, rendant nécessaire pour disjoncter des situations de stress plus élevés et donc des violences de plus en plus graves. Au total ils vont pouvoir traiter leurs angoisses (que l'univers familial, en réactivant une mémoire traumatique, réveille chez eux) aux dépens des plus faibles ( ceux qui sont désignés comme « inférieurs », femmes, enfants) en rejouant des scènes traumatiques de leur passé mais cette fois-ci en s'identifiant à leur ancien agresseur, ils se permettent grâce à leur sentiment de supériorité et d'impunité (offert par une société inégalitaire) d'utiliser le court-circuitage de l'amygdale, que génère le survoltage créé par la crise de violence, pour se soulager grâce à la dissociation et à l'anesthésie procurées. Ils n'ont pas à gérer eux-mêmes leur souffrance psychique, un ou des « esclaves » sont là pour la gérer à sa place soit en dépensant toute leur énergie pour éviter toutes les situations susceptibles de déclencher chez les agresseurs des crises, soit en cas d' « échec » en subissant la violence qui servira à les soulager.

QUELLES SONT LES CONSÉQUENCES DES VIOLENCES SUR LA FEMME ENCEINTE SUR LE FŒTUS ET SUR LE NOUVEAU-NÉ ?

La femme enceinte va se retrouver instrumentalisée par son partenaire comme une drogue, prisonnière d’une histoire qui n’est pas la sienne, à elle d’essayer d’éviter le déclenchement de violences incompréhensibles, sa grossesse ne pouvant face à son partenaire que la mettre en échec. Elle va développer elle-même du fait des violences subies de graves troubles psychotraumatiques avec toutes les conséquences que nous avons vues : état de stress post traumatique avec mémoire traumatique, conduites d’évitement, hyper-réactivité neurovégétative, conduites dissociantes accompagnées d’une souffrance extrême, d’une peur continue pour la vie de l’enfant qu’elle porte, de troubles anxieux et dépressifs, de risques suicidaires, de troubles cognitifs, d’ insomnies, de troubles du comportement alimentaire, d’une hypervigilance épuisante, d’addictions, de troubles dissociatifs avec une anesthésie émotionnelle. 

Comme une “bombe à retardement”, susceptible d’exploser, souvent des mois, voire de nombreuses années après les violences, elle transforme sa vie psychique en un terrain miné. Telle une “boîte noire”, elle contient non seulement le vécu émotionnel, sensoriel et douloureux de la victime, mais également tout ce qui se rapporte aux faits de violences, à leur contexte et à son conjoint violent (ses mimiques, ses mises en scène, sa haine, son excitation, ses cris, ses paroles, son odeur, etc.). Cette mémoire traumatique des actes violents et de l’agresseur colonise la victime, et lui fera confondre ce qui vient d’elle avec ce qui vient des violences et de l’agresseur. La mémoire traumatique des paroles et de la mise en scène de l’agresseur [« Tu ne vaux rien, tout est de ta faute, tu as bien mérité ça, tu aimes ça», etc.] alimentera chez elle des sentiments de honte, de culpabilité et d’estime de soi catastrophique, et celle de la haine et de l’excitation perverse de l’agresseur pourront lui faire croire à tort que c’est elle qui les ressent, ce qui constituera une torture supplémentaire, elle n’aura alors que mépris et haine pour elle-même (Salmona, 2013b) ;

Tous ces symptômes la mettent encore plus en danger et la rendent encore plus vulnérable face à son agresseur; les violences sont responsables aussi d’un mauvais suivi de sa grossesse; mais aussi de conséquences somatiques liés au stress très préjudiciables pour la grossesse : troubles cardio-vasculaires, hypertension artérielle (40 à 60 % d’augmentation de risque), diabète; de conséquences traumatologiques directement liées aux violences et d’un travail et d’ un accouchement souvent très difficiles réactivant par la douleur la mémoire traumatique des violences (surtout sexuelles); et enfin après la naissance des conséquences importantes périnatales avec difficultés à allaiter, un post-partum blues et un lien mère-enfant fragilisé.

Le foetus se retrouve en grand danger submergé par un stress continu générant une souffrance physiologique cardio-vasculaire et neurologique, avec un risque d’avortement en début de grossesse avec 2 fois plus de fausses-couche (Saurel-Cubizolles et al., 1997),  de mort in-utéro par décollement placentaire, d’hémorragie foeto-maternelle (Purwar, 1999), avec 37% d’augmentation de risque d’ accouchement prématuré et 17 % d’augmentation de risque d’hypotrophie à la naissance (Silverman, 2006).

À la naissance le nouveau-né va être doublement en danger, directement par la violence de son père qui peut fréquemment s’abattre sur lui (dans 3/4 des cas), sa présence, ses pleurs réveillant là aussi la mémoire traumatique du père, indirectement par la difficulté de sa mère à s’occuper de lui et à établir un lien mère-enfant de qualité en raison des violences qu’elle continue à subir et de ses troubles psychotraumatiques, de son mal-être, de ses troubles dépressifs, de ses troubles cognitifs, de ses conduites dissociantes quand elle en a (conduites à risques, conduites addictives : alcool, drogues, tabac), avec des risques de négligences, voir plus rarement de maltraitance (maltraitance qui le plus souvent s’arrête aussitôt que la mère est mise en sécurité). 
De plus le nouveau-né va développer lui aussi une mémoire traumatique liée aux violences auxquelles sa mère a été exposée lorsqu’il était fœtus, dès le troisième trimestre de la grossesse, l’amygdale cérébrale est active et se charge de la mémoire émotionnelle des ce qu’il ressent dans le ventre de sa mère. Il peut naître avec des modifications épigénétiques des gènes de régulation du stress NR3C1 transmises par ses parents du fait des violences qu’ils ont subi dans leur enfance, qui le rendra encore plus sensible et vulnérable au stress (Perroud, 2011). Il sera également, après sa naissance, exposé  - en tant que témoin ou victime directe des violences exercés par son père - aux risques de développer de nombreux troubles psychotraumatiques, dépression, anxiété, phobies scolaires, angoisse de séparation, hyperactivité, irritabilité, difficultés d'apprentissage, troubles de la concentration) et davantage de problèmes de santé physique (retard de croissance, allergies, troubles ORL et dermatologique, maux de tête, mal au ventre, troubles du sommeil et de l'alimentation) et d’être plus victime d'accidents. Il pourra présenter des troubles du comportements (10 à 17 fois plus que des enfants dans un foyer sans violence) dont des comportements agressifs vis-à-vis des autres enfants (50% des jeunes délinquants ont vécu dans un milieu familial violent dans l'enfance). Avec aussi une augmentation des conduites agressives, des conduites à risque, des conduites délinquantes et des troubles psychiatriques à l'âge adulte (Rossman, 2001), avec le risque de reproduire à nouveau des violences conjugales ou d’en être victime.

CONCLUSION

Il est essentiel de rompre ce cycle infernal de violences transgénérationnelles, il faut lutter contre les violences, les dépister, diagnostiquer les troubles psychotraumatiques, expliquer les mécanismes neuro-biologiques. Il est essentiel de faire des liens entre les symptômes présentés et les violences subies. Il faut soutenir les victimes de ces violences, ne pas les laisser seules, travailler en réseau et traiter le plus précocement possible leur mémoire traumatique par des prises en charge spécialisées qui sont efficaces. Il faut expliquer aux femmes les mécanismes à l’oeuvre chez l’homme violent, ce qui leur permettra une meilleure compréhension de son comportement, de sa position d’emprise et leur permettra de mieux se défendre en se désolidarisant d’une histoire qui n’est pas la leur et qui leur est imposée dans un scénario violent.
Les agresseurs enfin peuvent et doivent se faire traiter, il s’agit de les “désintoxiquer de leur recours à la violence comme conduite dissociante et de les sortir d’une anesthésie affective qui les rend particulièrement dangereux.



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lundi 29 août 2016

ARTICLE DE PRÉSENTATION Par Muriel Salmona de son ouvrage : CHÂTIMENTS CORPORELS ET VIOLENCES ÉDUCATIVES Pourquoi il faut les interdire en 20 questions-réponses Dr Muriel Salmona


ARTICLE DE PRÉSENTATION 
DE L’OUVRAGE :

CHÂTIMENTS CORPORELS
ET VIOLENCES ÉDUCATIVES
Pourquoi il faut les interdire en 20 questions-réponses
Dr Muriel Salmona




Par Muriel Salmona

Sortie en librairie le 14 septembre 2016
voir les informations sur le livre ICI
http://stopauxviolences.blogspot.fr/2016/08/parution-le-14-septembre-de-mon-nouveau.html



Le 12 juillet 2016, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et ses partenaires ont lancé un programme - nommé « INSPIRE » - pour réduire les violences à l’encontre des enfants dans le Monde (OMS, 2016). Avant de présenter les stratégies recommandées dans ce programme, l’OMS rappelle l’ampleur de ces violences en citant les chiffres de l'étude de Hillis publiée en janvier 2016 dans la revue internationale Pediatrics : selon cette étude un milliard d’enfant a subi des violences physiques, psychologiques et sexuelles en 2015, un enfant sur quatre a subi des violences physiques et près d’une fille sur cinq des violences sexuelles au moins une fois dans sa vie. 

Et la première des sept stratégies pour réduire les violences à l’encontre des enfants du programme « INSPIRE » de l’OMS correspond justement à ce que nous demandons dans notre ouvrage, puisqu'il s'agit de recommander la mise en œuvre et l’application de lois interdisant aux parents d’infliger aux enfants des châtiments corporels et autres punitions violentes. 

Etre protégé de toute forme de violence, est un droit fondamental de l'enfant garanti par la Convention Internationale des Droits de l’Enfant

Alors qu'elle a été un des premiers pays à ratifier la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE), en 2016, la France n'a pourtant pas encore interdit explicitement les châtiments corporels et toute autre forme de violences éducatives contrairement à 49 pays dans le mondeet elle n’a toujours pas pris – comme elle s'y était engagée :

« toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l'enfant contre toute forme de violence, d'atteinte ou de brutalités physiques ou mentales, d'abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d'exploitation, y compris la violence sexuelle, pendant qu'il est sous la garde de ses parents ou de l'un d'eux, de son ou ses représentants légaux ou de toute autre personne à qui il est confié » (article 19, CIDE 1989), ni toutes les mesures pour que « nul enfant ne soit soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants » (article 37, CIDE, 1989), ni pour « assurer à l’enfant la protection et les soins nécessaires à son bien-être. » (article 3, CIDE, 1989)

Les violences envers les enfants ne sont toujours pas considérées en France comme une urgence de santé publique, et la protection des enfants contre toute forme de violence n’est pas considéré comme un impératif absolu. Bien au contraire la violence intra-familiale sous couvert d’éducation reste largement tolérée. La grande majorité des parents ont toujours recours à ces violences pour se faire obéir et pour punir leurs enfants. Ils y restent très attachés comme méthode éducative. 

Mais, cela pourrait enfin commencer à changer puisque l’Assemblée nationale vient d’adopter, le 1er juillet 2016, dans le cadre de l’examen du projet de loi « Égalité et citoyenneté », un amendement complétant l’article 371.1 du Code civil relatif à l’autorité parentale, pour interdire « tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours à la violence corporelle ». 


La famille, une zone de non-droit où règne la culture de la violence

Cette grande tolérance à de nombreuses formes de violences éducatives transforme l’univers familial en une zone de non-droit pour les enfants où règne, alimentée par de nombreux stéréotypes et un déni de la souffrance des enfants, une véritable culture de la violence transmise de génération en génération.

Cette culture de la violence peut se décliner en trois principales assertions qui justifient les violences éducatives par : leur minimisation, la mise en cause des enfants qui en sont victimes, et le déni de leur conséquences. Selon cette culture de la violence, les châtiments corporels ne sont pas vraiment de la violence, les enfants en sont responsables par leurs comportements, ils en bénéficient car c’est le seul moyen pour qu’ils soient bien éduqués, c’est donc pour leur bien.

La culture de la violence et ses fausses représentations sur la violence, sur l’éducation, sur les enfants, leurs droits, leurs besoins, leur développement psycho-affectif et leur souffrance, opèrent un véritable lavage de cerveau permettant d’occulter la véritable fonction de la violence : à savoir d’être un outil de domination, d’asservissement et une drogue qui permet de s’anesthésier et de se soulager de tensions pénibles, un privilège inouï octroyé aux parents aux dépens des droits des enfants et de leur santé.

Chez de nombreux Français, il y a donc une véritable incapacité à reconnaître des châtiments corporels tels que les fessées, les tapes, les gifles comme des violences infligées aux enfants. Le fait qu’ils soient commis sous couvert d’éducation les rend tolérables, voire même recommandables, et rend invisibles les atteintes qu’ils représentent à l’intégrité physique et psychique, ainsi qu’à la dignité. On assiste à un étonnant discours de déni face à l’évidence humaine que frapper un enfant ne devrait en aucun cas être une option éducative envisageable, face au droit international, et face aux preuves scientifiques qui en démontrent l’impact négatif. Ce déni transmis de génération en génération, ayant induit une absence d’empathie vis-à-vis de la souffrance des enfants. 

Un impact majeur sur la santé, le développement et l’avenir des enfants

Pourtant nous le savons depuis plus de 20 ans, toute violence, aussi «minime» puisse-t-elle être considérée, a des répercussions sur le cerveau des enfant, sur leur développement psycho-affectif et sur leur santé. 

Toutes les connaissances scientifiques confirment les liens très fort entre violences subies dans l’enfance et les déterminants principaux de la santé et de la mortalité chez les adultes. L’immaturité du cerveau des enfants fait que la douleur, les souffrances mentales et les situations de stress ont un effet bien plus délétère sur eux que sur les adultes. Plus un enfant est jeune, plus les conséquences de la violence sur le développement de son cerveau et sa santé seront grandes. Éduquer un enfant ne doit être, en aucun cas, synonyme de faire pression sur lui, lui faire mal, lui faire peur, l’humilier et le stresser, cela n’a aucune vertu et représente un risque important pour sa santé, son développement et sa confiance en lui ainsi que celle qu’il a pour le monde extérieur.

De très nombreuses études et enquêtes scientifiques internationales démontrent que les représentations que la majorité des Français-e-s ont de la « violence éducative ordinaire » sont fausses : elle n’est ni mineure, ni inoffensive, et elle n’a aucune portée éducative, bien au contraire : Durrant en 2012 et Gershoff en 2016 ont fait des méta-analyses de toutes les études scientifiques - plus de 200 - publiées dans les grandes revues internationales sur ce sujet, depuis plus de 20 ans, qui ont toutes démontré qu'en plus d’être une atteinte aux droits et à l’intégrité de l’enfant, la violence éducative : 
  • est un facteur de risque qu’il subisse des maltraitances bien plus graves ; 
  • a un impact durable sur sa santé mentale et physique ;
  • est responsable chez l’enfant du développement de troubles cognitifs et de l’apprentissage, de troubles du comportement et de conduites à risque, elle est fortement corrélée à une augmentation de l’agressivité et des comportements anti-sociaux ;
  • et est une véritable usine à fabriquer des victimes et des auteurs de violences futures.

Or malgré la reconnaissance scientifique internationale de la gravité de l’impact de toutes les formes de violences sur le développement des enfants et sur leur santé mentale et physique à court, moyen et long termes, la France ne considère toujours pas les violences faites aux enfants comme une urgence humaine, sociale et de santé publique majeure, et ne met pas en place de plan national exhaustif de lutte contre ces violences.

Pourtant, au sein de l’Europe, la France se situe parmi les pays ayant les taux les plus élevés à la fois de suicide, de troubles mentaux et de conduites addictives chez les adolescents, que ce soit pour la consommation de tabac, d’alcool et de drogues (enquête HBSC, 2011). Or on sait, grâce à de très nombreuses études scientifiques internationales, que suicides, troubles mentaux et conduites addictives ont un très fort taux de corrélation avec des violences subies (Stein, 2010 et Bruffaerts, 2010). Le suicide, il faut le rappeler, est en France la deuxième cause de mortalité chez les 15-25 ans après les accidents de la voie publique, qui sont eux-mêmes corrélés aux violences subies (Cornet J., 1997). Chaque année, en France, on déplore près de 10 000 morts par suicide dans la population générale.

Le déni français de l’ampleur des violences faites aux enfants et de la gravité de leur impact sur la santé à long terme a un coût humain, sanitaire et social exorbitant. 

La France est un des rares pays de l’Union Européenne à ne pas avoir encore aboli les châtiments corporels (20 sur 28 l’ont fait, et 3 autres s’apprêtent à le faire), et se fait régulièrement rappeler à l'ordre par les instances internationales et européennes qui lui demandent expressément de les interdire. Elle s’est jusque-là refusée à légiférer, sous prétexte que l’opinion publique n’est pas prête et que cela risquerait de crisper et culpabiliser les parents… En 2016, nous espérons que le courage et la volonté politique seront au rendez-vous. S’il est voté, l’amendement adopté en juillet, modifiant comme nous l’avons vu l’article 371-1 du Code civil concernant l’autorité parentale et excluant « tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours à la violence corporelle » pourrait nous permettre de rejoindre les pays abolitionnistes, mais il faudra que la loi soit réellement appliquée et qu’elle s’accompagne de nombreuses mesures d’information, de formation et d’accompagnement. Cette loi sera une grande avancée et un signal fort donné à tous les citoyens que les enfants doivent être protégés de toute violence en toute circonstance, et elle les autorisera à intervenir pour défendre des enfants.

Alors que les violences faites aux enfants sont un facteur de risque sur lequel il est parfaitement possible d’agir en termes de prévention et de protection, il est scandaleux que les pouvoirs publics français ne mettent pas en place de plan d’action en urgence. D’autres pays l’ont compris, qui ont pris des mesures efficaces (recherches, lois, campagnes d’information et d’éducation, formations des professionnels, dépistages, offres d’accueil et de soin, etc.) avec un budget suffisant pour lutter contre ces violences (OMS, 2014).

Protéger les enfants de toute forme de violence est un impératif absolu.

La souffrance des enfants victimes de violences est encore trop sous-estimée, et elle n’est que très rarement reconnue. Au contraire, elle est souvent considérée comme un trouble du comportement, dont on tient les enfants pour responsables, ou comme un trouble psychiatrique, dont ils seraient atteints de par leur constitution. 

Face à un enfant présentant des attaques de panique, des phobies, des troubles alimentaires ou du sommeil, des conduites addictives, des comportements à risque, des auto-mutilations, ou ayant tenté de se suicider, trop rares sont les professionnels qui se préoccupent de ce qui a bien pu lui arriver et qui recherchent s’il a subi des violences, alors que tous ces symptômes y sont très fortement corrélés. 

La violence, un impact psychotraumatique majeur

La violence, par ses impacts psychotraumatiques, a un très fort pouvoir colonisateur et d’emprise par l’intermédiaire de la mémoire traumatique. Elle est également paralysante et dissociante pour l’enfant qui en est victime, le déconnectant de ses émotions. Et elle est, pour le parent violent, un outil de domination et une drogue anesthésiante. 

La violence est un formidable outil pour soumettre et pour instrumentaliser des victimes dans le but de s’anesthésier. 

L’impact psychotraumatique des violences est dû à la mise en place, par le cerveau, de mécanismes neurobiologiques de sauvegarde pour échapper au risque neurologique que fait courir un stress extrême, auquel sont particulièrement sensibles les enfants. Ces mécanismes, qui seront également à l’œuvre chez l’adulte violent, s’apparentent à une disjonction avec interruption des circuits émotionnels et d’intégration de la mémoire, et sont alors à l’origine d’un état de dissociation (avec une anesthésie émotionnelle, un sentiment d’étrangeté, de déconnexion, d’être spectateur de la situation), et de troubles de la mémoire avec la mise en place d’une mémoire traumatique (Nemeroff, 2009 ; Louville et Salmona, 2013). 

Cette mémoire traumatique est une mémoire émotionnelle non intégrée qui, au moindre lien rappelant les violences et leurs contextes, les fera revivre à l’identique à l’enfant victime, avec les mêmes émotions (le stress, la peur, la détresse, le désespoir, la honte, la culpabilité…) et les mêmes perceptions (douleurs et les cris, les phrases assassines, la haine et la colère du parent violent…), tandis que l’adulte violent revivra également la scène violente avec ses actes et ses émotions, ainsi que les réactions de l’enfant.

Cette mémoire traumatique colonise et envahit le psychisme de l’enfant comme celui du parent violent. Tous les contextes liés aux situations de violences sont susceptibles de la déclencher et de créer un état de stress et de tension intolérable chez l’enfant comme chez le parent. Pour y échapper, chacun développe ou impose autour de lui des stratégies d’évitement. Ces stratégies d’évitement et de contrôle ne sont pas toujours possibles ou suffisamment efficaces, un autre recours peut alors être utilisé, celui d’anesthésier sa mémoire traumatique pour ne plus en ressentir les effets en étant dissocié, soit avec de l’alcool ou de la drogue, soit en faisant disjoncter à nouveau le circuit émotionnel en provoquant un stress extrême, par des mises en danger, ou des violences exercées contre soi ou contre autrui (Salmona, 2013). 

C’est ainsi que le parent violent peut utiliser la violence contre ses enfants pour anesthésier une mémoire traumatique provenant de violences qu’il a lui-même déjà exercées contre eux ou contre son conjoint, de violences qu’il a subies dans sa propre enfance, mais également de violences qu’il a subies ou commises dans sa famille, au travail ou dans d’autres circonstances (délinquance, guerres, violences d’état, terrorismes, etc.). 

Le cycle infernal de la violence

La violence engendre alors de la violence dans un processus sans fin. Face à ses enfants, de multiples liens seront susceptibles de déclencher la mémoire traumatique du parent violent (des cris, des pleurs, la terreur de l’enfant, son incapacité à répondre à une injonction, un stress comme un objet qui tombe, une situation de frustration), il pourra exiger de l’enfant d’éviter de la déclencher, l’obligeant à s’autocensurer et à anticiper et contrôler tout ce qui peut stresser son parent. Et si elle se déclenche malgré tout, le psychisme du parent sera envahi par le stress extrême, par des hurlements, des images de coups, par sa propre colère précédente ou celle de son parent quand il était enfant, ou de son conjoint, ou d’autres auteurs de violences qu’il a subies ou dont il a été témoin. S’il adhère à une position dominante ou s’identifie à l’image parentale violente du passé ou à tout autre auteur de violences, il pourra alors s’autoriser à exercer des violences sur son enfant pour disjoncter et s’anesthésier. 

L’enfant, de son côté, sera lui aussi de plus en plus traumatisé, et de plus en plus envahi par la mémoire traumatique de toutes les scènes de violence qu’il aura subi ou dont il aura été témoin : quand sa mémoire traumatique se déclenchera, il pourra se figer et ne plus pouvoir bouger ; se mettre à paniquer, à trembler et à pleurer, à uriner sur lui, à se cacher (comme il avait réagi lors des violences précédentes) ; ou au contraire à hurler, à avoir des crises clastiques, à casser des objets, à se faire mal ou se mettre en danger, à injurier, à taper (comme l’adulte violent avait agi), en reproduisant le comportement de l’adulte violent, dans sa famille, mais également à la crèche, à l’école, lors d’activités sportives, sur lui-même, mais également sur des objets, sur d’autres enfants, sur des adultes ou sur des animaux. En dehors des accès de mémoire traumatique, l’enfant sera le plus souvent dissocié, anesthésié émotionnellement, dans l’incapacité de se défendre ou de réagir. L’enfant sera alors de plus en plus considéré comme un enfant difficile et opposant, ou comme un enfant paraissant indifférent, dans l’incapacité de ressentir ses émotions et de se défendre, avec un risque important de subir de nouvelles violences (Salmona, 2013). 

Les violences colonisent et dénaturent la parentalité

Les violences imprègnent de telle façon et depuis si longtemps les rapports humains qu’elles en ont modifié les normes et les représentations que l’on peut s’en faire. Les violences saturent et dénaturent la parentalité. Dans notre société, les symptômes psychotraumatiques et les troubles des conduites qui y sont rattachés ne sont jamais reconnus comme des conséquences normales des violences, et sont perçus, de façon mystificatrice et particulièrement injuste, comme provenant des victimes elles-mêmes, liés à leur personnalité, à de prétendus défauts et incapacités, à leur sexe, à leur âge, voire à des troubles mentaux. Les violences et leurs conséquences psychotraumatiques sont à l’origine de nombreux stéréotypes censés caractériser les victimes qui les subissent le plus fréquemment, comme les femmes et les enfants. Leurs symptômes, au lieu d’être identifiés comme réactionnels, sont injustement considérés comme naturels et constitutifs de leur caractère, de leurs conduites, telles les conduites à risque et les mises en danger des adolescents.

Ces stéréotypes, imprégnés par la violence omniprésente, altèrent profondément les relations humaines et transforment l’amour en une relation de possession et d’emprise, l’éducation en un dressage et une domination.

Trop rares sont les adultes qui prennent fait et cause pour les enfants, qui se battent pour protéger leurs droits, et qui ont peur pour eux : « Les enfants peuvent bien attendre… » comme le dénonce le titre du recueil de paroles de 25 experts sur la situation des droits de l’enfant en France, auquel j’ai participé, publié en 2015 par l’UNICEF (United Nations International Children's Emergency Fund, en français « Fonds des Nations unies pour l’enfance »). 

Dans notre pays, on se méfie bien plus des enfants qu’on ne les protège. L’enfant-roi, l’enfant-tyran, l’enfant menteur, désobéissant, délinquant, agressif produit par une éducation laxiste, sont des stéréotypes omniprésents. On est prompt à oublier que les enfants en danger sont incomparablement plus nombreux que les enfants délinquants (3,5 fois plus) et que les comportements violents des enfants sont très fortement corrélés à des violences subies (Odds Ratio à 8, M. Choquet, 2008).

Au lieu d’être des univers de sécurité, la famille, les lieux de garde et les institutions restent des zones où le risque de subir des violences est très élevé, les enfants les plus vulnérables y étant les plus exposés (les plus jeunes, ceux qui sont handicapés et qui subissent des discriminations). Quel que soit leur milieu social, c’est donc dans leur famille et dans les lieux d’accueil que les enfants risquent le plus de subir des violences où d’en être témoins : châtiments corporels, violences verbales et psychologiques, humiliations, maltraitances sous toutes leurs formes (violences physiques, violences sexuelles ou négligences), ou exposition à des violences conjugales. 

Et il est très préoccupant que la grande majorité des enfants victimes de violences ne soient pas reconnus, ni protégés. Alors qu’ils sont très nombreux à subir des violences qui sont des atteintes graves à leurs droits, à leur dignité et à leur intégrité physique et psychique, ces violences ne sont que rarement identifiées et signalées. Faute d’information, de sensibilisation et de formation suffisantes sur la réalité des violences, il y a une grande difficulté à penser et reconnaître les violences, et notamment à les entendre lorsqu'elles sont révélées. Dans le système de dénégation où nous baignons, il ne semble pas possible que la famille, censée être l’univers le plus protecteur pour l’enfant, puisse être également le plus dangereux, et celui où le risque d’y subir des crimes comme le meurtre ou le viol y soit le plus important. C’est ainsi que les enfants victimes de violences sont en général abandonnés, sans protection, ni soin. Ils se retrouvent à survivre seuls à ces violences et aux conséquences psychotraumatiques qu’elles entraînent sur leur santé (Salmona, 2016).

Le déni et la tolérance incroyables de la société française concernant les violences envers les enfants sont alimentés par la conception de l’éducation comme une soumission à l’autorité, la structure encore très inégalitaire et discriminatoire de l’univers familial, la vision de la violence comme une fatalité liée à la nature de l’homme dès sa naissance ainsi que par la non-application de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. De plus, la méconnaissance des conséquences psychotraumatiques des violences entraîne l’absence de leur prise en charge, ainsi que la persistance d’un exercice encore archaïque de la psychiatrie, qui, malgré de nombreuses études internationales, peine à prendre en compte les preuves scientifiques des liens de causalité très forts entre des antécédents de violences et une altération de la santé mentale : 60 % au moins des troubles psychiatriques seraient directement liés à des violences, 30 % à des violences physiques subies dans l’enfance, et jusqu’à 7 % à des châtiments corporels même présentés comme « minimes » comme les tapes (Afifi, 2006, 2014 ; Hughes, 2016). 

Chaque enfant doit être protégé de toute forme de violence et respecté en tant qu’être humain unique et précieux ayant des droits fondamentaux.

Il est temps de lutter le plus efficacement possible contre ces violences, et de dénoncer sans relâche tout ce qui les rend possibles, c’est le propos de cet ouvrage. En 20 questions-réponses précédées par un état des lieux en 12 points, il s’agit de donner des informations fiables et précises sur la réalité de ces violences, sur les droits des enfants, sur l’état des connaissances scientifiques sur l’impact de ces violences sur les comportements des enfants et leur santé physique et mentale, et enfin de déconstruire tout ce qui fait le lit de cette culture de la violence sous couvert d’éducation. 

Protéger les enfants contre toute forme de violence est un impératif absolu, qui nous concerne toutes et tous. Nous devons promouvoir une éducation centrée sur l’intérêt supérieur des enfants et adaptée à leurs besoins fondamentaux. 

Et nous allons voir, tout au long de cet ouvrage, que la meilleure façon de lutter contre les violences c’est de lutter contre toutes les formes de violences, sans exception : violences envers les enfants en priorité, mais également violences conjugales, violences sexuelles, violences au travail, violences institutionnelles, violences liées aux discriminations, violences d’états, etc. 

Nous verrons que toute violence est pourvoyeuse de nouvelles violences, de proche en proche et de génération en génération, les enfants en étant la première cible.

Dre Muriel SALMONA
Psychiatre-psychotraumatologue
Présidente de l’association Mémoire
Traumatique et Victimologie
06 32 39 99 34



jeudi 25 août 2016

INTERVENTIONS ET ACTIONS DE L'ASSOCIATION MÉMOIRE TRAUMATIQUE ET VICTIMOLOGIE EN SEPTEMBE ET OCTOBRE 2016



INTERVENTIONS ET ACTIONS 
DE L'ASSOCIATION
MÉMOIRE TRAUMATIQUE ET VICTIMOLOGIE
EN SEPTEMBE ET OCTOBRE
2016




SEPTEMBRE 2016


1- le 13 septembre à Bordeaux


ENM - FORMATION INITIALE

Dans le cadre d'une séquence de 4 demi-journées dédiée à la thématique de la victime au profit des 368 futurs magistrats qui composent la promotion 2016.

 LE "PSYCHO-TRAUMA" par la Dre Muriel Salmona

de 14 à 17 h

Valérie Grenier
Magistrat
Coordonnatrice de formation
Ecole nationale de la magistrature
10 rue des Frères BONIE
33080 Bordeaux cedex

2- le 13 septembre à Paris



Dans l’optique de la préparation du 5ème plan interministériel de lutte contre les violences faites aux femmes (2016-2018), Laurence Rossignol a défini différents axes de travail, dont les violences sexuelles.

A cette occasion, l'association Mémoire Traumatique et Victimologie : Laure Salmona, est convoquée à une réunion afin d’échanger sur le contenu du 5ème plan à ce sujet:

Mardi 13 septembre 2016 à 17h

Au Ministère des Familles, de l’Enfance et des Droits des Femmes 40 rue du Bac, 75007 Paris




3- le 14 septembre à Paris


FORMATION CONTINUE DES MAGISTRATS 
CHANGEMENT DE FONCTIONS : JUGE DES ENFANTS,

Le psycho-trauma 

Intervention de Madame Muriel SALMONA, psychiatre, présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie 

mercredi 14 septembre de 9h à 12h

directeur de session est CHARLET XAVIER.

vice-président chargé des fonctions de juge des enfants, Tribunal de grande instance de BOULOGNE SUR MER 


4- le 14 septembre à Paris



PARUTION DE MON NOUVEAU LIVRE 
LE 14 SEPTEMBRE 2016

CHÂTIMENTS CORPORELS
ET VIOLENCES ÉDUCATIVES
Pourquoi il faut les interdire en 20 questions-réponses

Prix : 17,50 euros
288 pages
EAN 13 : 9782100755028


Les châtiments corporels sont une violation des droits de l’enfant et n’ont aucune vertu éducative. Bien au contraire, de très nombreuses études ont démontré que ce sont des pratiques inefficaces, dangereuses et nuisibles à la santé et au développement de l’enfant. Elles augmentent le risque de troubles du comportement et sont des usines à fabriquer de nouvelles violences de proche en proche, de génération en génération.

Sous forme de questions-réponses, cet ouvrage écarte les préjugés les plus courants pour promouvoir une éducation centrée sur l’intérêt supérieur des enfants et adaptée à leurs besoins fondamentaux.



Muriel Salmona est psychiatre, psychotraumatologue, chercheuse et formatrice en psychotraumatologie et en victimologie. Présidente et fondatrice de l’association Mémoire traumatique et Victimologie, elle a dirigé une grande enquête nationale en 2015 sur l’impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte soutenue par l’UNICEF France. Auteure de deux autres ouvrages parus chez Dunod : «Le livre noir des violences sexuelles» en 2013, et «Violences sexuelles. Les 40 questions-réponses incontournables» en 2015.




Extrait de la préface de Geneviève Avenard, Défenseure des enfants, adjointe du défenseur des droits, en charge de la protection et de la promotion des droits des enfants qui a recommandé dans un rapport d’appréciation remis au Comité des droits de l’enfant de l’ONU en février 2015, à l’occasion du cinquième examen périodique de la France, d’inscrire dans la loi la prohibition des châtiments corporels dans tous les contextes, au sein de la famille, à l’école et dans toutes les institutions accueillant des enfants. 

«L’ouvrage de Mme le Docteur Muriel Salmona permet de comprendre les enjeux de l’abolition des châtiments corporels, en termes de respect des droits des enfants mais aussi en termes de santé publique. 
J’ai pour ma part eu le privilège de rencontrer Muriel Salmona au sein de la commission enfance de l’UNICEF, peu de temps après ma prise de fonctions en qualité de Défenseure des enfants. Et j’ai immédiatement été sensible à son énergie, sa force de conviction et son humanité, alors qu’elle nous exposait avec pédagogie Les travaux scientifiques permettant de constater les effets désastreux des violences faites aux enfants, sur leur santé, leur développement et leur avenir. C’est pourquoi j’ai accueilli avec une grande joie sa proposition de préfacer ce livre, qui, je l’espère, encouragera les adultes à développer des pratiques positives et non violentes, respectueuses de la dignité des enfants, et génératrices de confiance et d’estime de soi : dans l’intérêt premier des enfants mais aussi dans celui de la société tout entière.»



Contact presse :
Elisabeth Erhardy : 01 40 46 32 12 ; 
06 81 60 54 87
EERHARDY@dunod.com
Élodie Royez : 01 40 46 49 60 
EROYEZ@dunod.com





5- le 15 septembre à Paris


"On est fait pour s'entendre"- Flavie Flament de 15h à 16h




sur le harcèlement sexuel

avec comme invitée Muriel Salmona





6- le 21 septembre à Paris







Faut-il bannir définitivement la fessée ? - La Maison des Maternelles - France 5


Avec la Dre Muriel Salmona
à l'occasion de la sortie de son livre :

CHÂTIMENTS CORPORELS
ET VIOLENCES ÉDUCATIVES
Pourquoi il faut les interdire en 20 questions-réponses

Prix : 17,50 euros
288 pages
EAN 13 : 9782100755028



7- le 22 septembre à St Etienne




La chargée de mission aux droits des femmes et à l’égalité 
et l'association sos violences conjugales 42 
à l'occasion des 30 ans de l'association

organisent 

Un colloque sur les violences conjugales


à destination d’acteurs de terrain du champ social et judiciaire

Avec l'intervention de la Dre Muriel Salmona  

sur la mémoire traumatique 

sos violences conjugales 42 gère un lieu d’écoute et d’information pour les victimes de violences conjugales, un accueil de jour pour celles qui sont hébergées à l’hôtel par le 115 et un CHRS de 33 places ; l’équipe est composée de 9 travailleurs sociaux



8- le 23 septembre à Paris



à l'occasion de la sortie de son livre :

CHÂTIMENTS CORPORELS
ET VIOLENCES ÉDUCATIVES
Pourquoi il faut les interdire en 20 questions-réponses

Prix : 17,50 euros
288 pages
EAN 13 : 9782100755028


9- le 26 septembre à Paris




Journée de formation

violences conjugales mécanisme réponses


destinés à 200 fonctionnaires de police

Avec l'intervention de la Dre Muriel Salmona  sur 


 Les conséquences de la violence pour la victime :


Les mécanismes neurobiologiques impliqués dans les conséquences psychotraumatiques des violences, les conséquences sur la santé (physique psychologique somatique) et sur le comportement de la victime




OCTOBRE 


1- le 6 octobre  à Paris 75


Colloque à la Cour de cassation 


« La maltraitance des mineurs »


2ème cycle


Second colloque du cycle sur 

« La maltraitance des mineurs » 

qui se tiendra le 06 octobre prochain 

à la Cour de cassation 



auquel Muriel SALMONA, psychiatre, présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie participe en tant qu'intervenante sur la prise en charge des victimes de 11h50 à 12h30
  •  La mémoire traumatique : violences sexuelles et psycho-trauma


2- le 12 octobre  à Montigny le Bretonneux 78



 




En partenariat avec la MPROF et la délégation Grande Couronne du CNFPT

Journée de formation sur les violences faites aux femmes 

à destination des travailleurs sociaux principalement 
( environ 150)

Avec une intervention de 13h30 à 15h00 
de la Dre Muriel Salmona sur 

les conséquences psychotraumatiques des violences sur la santé des femmes 



3- le 13 octobre  à Niort




une intervention de la Dre  Muriel Salmona 

au Centre Hospitalier de NIORT

à destination des équipes soignantes du pôle 

"Femme-Mère-Enfant"

 « Violences faites aux femmes et aux enfants ».



4- le 15 octobre  à Paris


Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir – FDFA organise cette année 

la 5ème édition de ses Feuilles d’automne 

sur la thématique 

« Cris du silence, écrits de vérité », à la confluence de « l’impensé du handicap » (Charles Gardou) et de l’impensable des violences envers les femmes handicapées.

HOMMAGE À BENOÎTE GROULT


rencontre avec les auteur-e-s pour une séance de signatures 

Muriel Salmona présentera deux de ses livres édités 
chez Dunod




et Violences conjugales et famille (en collaboration e sous la direction des dr-e-s R. Coutanceau et M. Salmona).



5- le 17 octobre  à Mulhouse




Journée de formation

Violences conjugales :
Comprendre les mécanismes de l’emprise et ses conséquences sur les victimes 


Intervenante :
Docteur Muriel SALMONA
Psychiatre,  psychothérapeute





4- le 18 octobre  à Paris 

ENM - MIPROF
Formation de magistrats sur les violences sexuelles



5- le 19 octobre  à Paris 


"On est fait pour s'entendre"- Flavie Flament de 15h à 16h




sur les 


CHÂTIMENTS CORPORELS
ET VIOLENCES ÉDUCATIVES
Pourquoi il faut les interdire 


avec comme invitée Muriel Salmona


6- le 20 octobre à Nantes





La Direction de l'Education de la Ville de Nantes organise une formation à destination de toutes ses ATSEM (300) sur le thème :


"Prévention et lutte contre les violences faites aux femmes" avec un volet sur l'impact sur les enfants

Avec l'intervention de la Dre Muriel Salmona